19 novembre 2019

Quand l'Art Contemporain s'installe au 40 rue Servan à Paris 11e… Des histoires pour créer du lien

La 4e édition de l'opération Art contemporain et Logement social portée par la Mairie du 11e, en partenariat avec les bailleurs sociaux, a relevé le défi de « sortir la création artistique de ses lieux institués et favoriser le lien social » ! Les artistes sélectionnés ont réalisé des œuvres dans des ensembles sociaux en impliquant les habitants.

Ainsi, Thierry Payet, artiste plasticien, concrétise la démarche au travers d'une fresque en céramiques réalisée au 40 rue Servan, grâce et pour les locataires de cet immeuble, lesquels lui ont confié leurs histoires de vies.

De ces histoires, l'artiste en a imaginé une cartographie narrative, « la cartographie des fluides vitaux et leurs reflux d'histoires » pour créer du lien. C'est ainsi qu'il présente son œuvre et c'est en « artiste comme des gens peignaient des scènes de chasse dans des grottes » qu'il se définit lui-même.

Interview de Thierry Payet

1/ Comment définiriez-vous votre approche artistique ?

Il y a ces grottes sur lesquelles étaient dessinées, racontées, les scènes de vie ou de chasse d'un groupe de gens. Ça ne sonne pas très contemporain mais ce travail ou ce rôle là j'aime bien m'y identifier.

2/ Votre œuvre en générale est souvent très proche de l'humain et de l'urbain. Êtes-vous d'accord avec cette vison ?

Oui, surtout si on réalise que la campagne est aussi un espace aménagé. Que la ville et la campagne sont des espaces urbains. Qu'il y a des enjeux de les aménager en théorie, de les « habiter » en pratique, de faire le lien entre ces deux aspects. Le lien pourrait paraître évident mais souvent il n'est pas fait.

3/ Vous semblez attacher beaucoup d'importance aux titres de vos œuvres (« Cabanes à histoires », « quelque chose à perdre », « Être quelque part », …). Si vous deviez donner un titre à celle de la rue Servan, quel serait-il ?

« 40 Rue Servan ». Le sujet c'est l'immeuble, même s'il s'agit moins de l'architecture que d'une adresse partagée, d'un territoire, même s'il va jusqu'aux Tuileries ou en Bourgogne parce que les histoires de ses habitants nous y emmènent.

4/ l'œuvre que vous venez de réaliser au 40 rue Servan, de quoi parle-t-elle ?

« 40 Rue Servan » représente un immeuble à partir de la manière dont ses habitants vivent, se comportent. C'est un territoire vécu. Une interaction entre des histoires et des lieux juste là. L'échelle, les espaces, les lieux et leur nom, les histoires, parfois les intimes. La pièce produite parle de ça et de la manière dont un artiste interagit avec les gens autour de ces sujets. De tous ces différents lieux ou manières d'habiter qui se côtoient, qui se rassemblent dans un seul immeuble, une seule adresse.

5/ Pourquoi avoir souhaité participer à l'opération Art contemporain et Logement social portée par la Mairie du 11e ? Avez-vous déjà participé à ce type d'expérience ?

Ma démarche s'est construite depuis plusieurs années. Autour d'un sujet simple : comment les gens sont quelque part. Il y a des groupes de gens dont les histoires ne sont pas racontées, en particulier dans le champ social. Art contemporain et Logement social permet de poursuivre ce travail, cette recherche. Ce type de commande me permet de développer ce même sujet, même si chaque pièce est très différente parce que, par définition, elle est le reflet d'un lieu ou d'un contexte précis.

6/ Art Contemporain et Logement Social a pour ambition de créer des passerelles entre habitants et artistes. Comment cela s'est-il traduit ici ? Quel bilan en retirez-vous ?

J'ai rencontré les gens comme souvent ils se rencontrent en bas de leur immeuble, dans la cour, devant les boîtes aux lettres, en bas des deux escaliers. Mais toujours dans un espace commun, partagé, dont la limite est la porte cochère et les portes des appartements.

Il y a ce rapport à la fois distant et familier. Et il y a aussi le fait que je sois artiste et que je pose des questions. Les rencontres sont un peu le mélange de ces deux choses.
Le « familier » vient surtout de la matière de mon travail : les histoires, les paroles, les mots, les expressions des habitants. Et aussi, sûrement, que je montre le processus, les questionnements, les étapes, en posant des paroles, des papiers, des pistes visuelles scotchés en bas des escaliers ou près de la boîte aux lettres. Ça rend compte de ce qu'est une pièce artistique et à quel point elle vient de là avant d'être posée là.

Le bilan est souvent le même : un nouveau contexte (je n'avais jamais travaillé à l'échelle d'un seul bâtiment) et une étape de plus dans ce que je cherche à construire et découvrir de mon travail. Raconter une nouvelle histoire collective et la légitimité des habitants sur le territoire, leur histoire en tant que groupe, en tant qu'acteurs, la manière plutôt incroyable dont ils sont là (mimétisme, humanité, communion…).